Observer Charleroi

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Infographie

Atelier Web, Géographie

Nous sommes partis d’un besoin de dépasser le cadre scolaire au sein duquel les savoirs sont compartimentés en disciplines auxquelles sont assignées des heures d’apprentissage. A partir d’un projet qui se déroule sur une année, nous amenons les élèves à regarder différemment l’environnement et à interroger les représentations contemporaines de la nature à partir de clefs de lecture historiques, écologiques et esthétiques. Grâce à un financement d’ Annoncer la Couleur (programme fédéral d’éducation à la citoyenneté mondiale), le projet est mené sans frais pour les élèves et pour l’école.

L’objectif pédagogique est de comprendre et d’expérimenter la composition de l’environnement contemporain. La forme choisie pour transmettre et synthétiser cette expérimentation est une carte interactive. La notion de paysage, polysémique, est au croisement de trois approches : objective (cours de la formation générale : géographie, histoire et français), subjective (cours de la formation technique : communication visuelle et atelier web) et trajective (excursions communes sur le terrain)

“Such the eye, such the object”
William Blake, 1808

Un paysage ordinairement considéré comme donné et naturel, se révèle profondément marqué par des dynamiques culturelles. Dans nos régions, et désormais sur la majeure partie du globe, ces dynamiques culturelles sont essentiellement industrielles : l’industrie a produit le paysage ordinaire de l’espace habité. Nous avons donc fait le choix d’explorer avec les élèves des zones (post-)industrielles marquées par la production d’énergie. Ces espaces sont caractéristiques en Belgique de dynamiques globales : l’extractivisme et la sidérurgie ont transformé la région de Charleroi et ont modelé son paysage physique et démographique. Ces deux phénomènes sont inscrits dans une économie-monde qui s’est effondrée localement et s’est déplacée à l’échelle du globe, en laissant des champs de ruines pour seul héritage.

L’approche classique (patrimoine, paysage, archéologie industrielle) est dépassée par l’émergence d’une sensibilité à la dystopie et à la catastrophe, propre à notre époque. Cette sensibilité se retrouve notamment dans l’intérêt des apprenants pour les espaces marqués par la catastrophe (Détroit, Fukushima, Tchernobyl,…) et dans l’émergence de la collapsologie. Les friches industrielles constituent aujourd’hui un noeud essentiel du maillage écologique urbain, loin de l’acception courante de la notion de nature.
L’effondrement restitue ces espaces délaissés à une certaine urgence et par là-même à une attention présente que le patrimoine seul ne retient pas. La forme adoptée – un documentaire ou un témoignage cartographié ménageant de la place à différentes sources d’inspirations visuelles et musicales ainsi qu’à la littérature romanesque – pourrait permettre d’atteindre cette sensibilité. Au-delà d’une formation historique ou géographique au Pays Noir, il s’agit véritablement de cerner une certaine esthétique de la catastrophe qui traduise quelque chose de l’époque : le paysage est une modalité de l’être dans l’environnement.

Le projet se déroule au sein des cours de la formation générale (français, géographie, histoire) et de la formation technique (communication visuelle et atelier web), alimentés par quatre excursions sur le terrain choisi avec deux classes de cinquième infographie.

1. Les contenus théoriques sont dispensés au travers de plusieurs moments importants qui nous ont permis d’effectuer des comparaisons, esthétiques et géographiques, avec des espaces mondiaux marqués par des dynamiques concurrentes ou similaires :
– projection des films-documentaires “Détroit, Ville sauvage” et “Charleroi la plus belle ville du monde”, suivi d’un débat en présence du réalisateur Florent Tillon,
– conférence sur “Art et Archéologie du Paysage en Chine” par Lia Wei, docteure en histoire de l’art et archéologie de la School of Oriental and African Studies
– cours théoriques : photographie de paysage en atelier web, histoire du paysage en communication visuelle, révolution industrielle en histoire, catastrophes et géographie urbaine en géographie

2. Le terrain choisi se concentre au sud-ouest de l’agglomération de Charleroi de Dampremy à Marchienne-Au-Pont. Cette zone est marquée par plusieurs éléments structurants : une chaîne de terrils, le canal Bruxelles-Charleroi, la Sambre et la zone sidérurgique ouest.
Les excursions sur le terrain se font en petits groupes, certains accompagnés par des guides : Micheline Dufert (Chemin des Terrils) ou Nicolas Buissart (Charleroi Adventure) qui amènent leurs propres thématiques et points de vue. Les apprenants adoptent des rôles techniques : prise en main d’un appareil photo, d’un appareil vidéo, d’un enregistreur son semi-pro, lecture et création de cartes et rédaction / composition littéraire.

3. Le projet débouche sur une carte interactive disponible en ligne qui rassemblera les différents documents collectés lors des voyages. Ce site internet nécessite la mise en oeuvre de la matière vue en début de cinquième en atelier web : GSAP, CSS, HTML, JavaScript et Dessin. La production finale consiste en une série de bibliothèques interactives et informatives – subjectives et trajectives – sur la notion de paysage à partir de l’étude de terrain.

4. L’idéal d’un travail collectif est au cœur du projet : tout le monde réalise, ensemble et individuellement, des parties du projet afin de réaliser un objet commun. Les contenus propres à chaque étape permettent à chaque discipline d’évaluer les compétences prévues et à chaque apprenant d’exercer ses compétences à partir d’un projet multidisciplinaire.