Inventer Anvers
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RichLove Kampoli - Hussain Mirza - Rafael Schulman

« Aux yeux du caractère destructeur rien n’est durable. C’est pour cette raison précisément qu’il voit partout des chemins. Là ou d’autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin. Mais comme il en voit partout, il lui faut partout les déblayer. Pas toujours par la force brutale, parfois par une force plus noble. Voyant partout des chemins, il est lui-même toujours à la croisée des chemins. Aucun instant ne peut connaître le suivant. Il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse. »  1

A l’heure où la question climatique devient incontournable, entre marches pour le climat et mouvements des gilets jaunes, nous explorons et analysons depuis deux ans, avec les classes d’infographie de 5ème et de 6ème, deux espaces-clefs pour comprendre notre époque. Le passé de l’industrie en Belgique c’est notamment Charleroi et la dette écologique accumulée par les millions de tonnes de charbon extraites entre 1830 et 1970. L’actualité de l’industrie en Belgique c’est Anvers : le deuxième pôle pétrochimique au monde, le deuxième port de marchandises en Europe, un ring saturé et une centrale nucléaire en fin de vie.

Mais l’urgence écologique, ce n’est pas seulement la question climatique, c’est aussi la sixième extinction de masse des espèces animales et végétales, conséquence évidente de l’impact des activités agro-industrielles sur les territoires, au point que les géologues nomment désormais Anthropocène l’ère géologique dans laquelle nous (sur)vivons. A Charleroi, ce sont les terrils qui symbolisent, par leur masse, cette dette écologique. A Anvers ce sont les polders, zones humides fertiles, anthropisées depuis le Moyen-Âge qui cèdent devant l’expansion constante du port, boosté par la mondialisation.

Les paysages, entre histoire de l’art et géographie, permettent de saisir l’impact anthropique. Un paysage ordinairement considéré comme donné et naturel, se révèle profondément marqué par des dynamiques culturelles.

Dans nos régions, et désormais sur la majeure partie du globe, ces dynamiques culturelles sont essentiellement industrielles : l’industrie a produit le paysage ordinaire de l’espace habité.

Si le marché européen des quotas d’émissions de CO2, et son corollaire les compensations d’émissions CO2, est relativement connu et critiqué, celui des compensations écologiques l’est beaucoup moins. Le principe, imposé par une directive européenne, est simple : chaque espace naturel détruit par une extension industrielle doit être compensé par la préservation d’une nouvelle zone naturelle. Mais sur quels espaces ces nouvelles réserves peuvent-elles se déployer alors que l’ensemble du territoire est occupé ? Les activités agricoles et les réserves naturelles sont désormais en concurrence directe pour l’espace résiduel concédé par l’industrie. L’expulsion des habitants et des fermiers, au nom de l’industrie et des compensations écologiques est-elle inévitable ? Comment sortir de l’impuissance collective et du cynisme individuel que suscitent l’omniprésence d’un imaginaire de la catastrophe et de l’effondrement ? Laissons la parole aux élèves.

1 Walter Benjamin, Le caractère destructeur, 1931

« Dans un paysage les choses primordiales à conserver sont : les animaux, les végétaux et le relief. Il y a aussi les bâtiments présents qui déterminent le paysage. Le paysage cache et conserve une histoire : celle-ci est importante.»

Sacha Dos Santos Almeida

« Les réserves naturelles d’Anvers se situent juste à côté du port et des usines, un paysage d’un vert foncé et d’un silence continu, qui laissait apparaître le reflet du ciel gris dans les vastes étendues d’eau et les oiseaux qui étaient dessus. Ces endroits dans lesquels le gouvernement veut construire de nouveaux bassins et réduire les terres agricoles et les habitations. »

Gabriel Antoine

« Le port d’Anvers est une zone d’exploitation industrielle forte ce qui crée un paysage assez gris, très bétonné, mais où la nature végétale a pris place. Malgré cet urbanisme “bulldozer”, la nature a réussi à se développer; laissant la place à un paysage particulier. »

Soufiane Housni

« Comment protéger la nature, cet endroit qui à la base doit exister hors de l’être humain et de son action? Une des façons de “protéger” le paysage de la ville d’Anvers est de compenser la construction d’une zone industrielle à Anvers par des zones de “nature” reconstruites par l’homme. (…) Cette nature reconstruite est une nature artificielle. »

Mirza Hassan

« En 5e, nous sommes partis à Charleroi faire le tour des terrils. Cette petite ballade en pleine nature était contrastée par les immenses usines abandonnées perdues au milieu de la végétation. Une fois arrivés au sommet de ces énormes collines de pierres et de charbon, nous avions une vue imprenable sur ce que l’on peut apparenter à un paysage post-apocalyptique. Je me rappelle de ce moment où, arrivés au sommet de ce terril, nous avions une vue étendue sur la ville de Charleroi et lorsqu’on se retournait, on apercevait une zone industrielle qui paraissait sans fin. Là où certaines personnes voyaient quelque chose de laid, j’ai vu quelque chose de fascinant. Une beauté éphémère où la nature reprenait ses droits sur les créations de l’homme. »

Bastien Depuydt

« Le paysage naturel est plus fort que ce que l’homme bâtit et il nous survivra toujours même si nous l’avons modifié. (…) A Charleroi le paysage naturel reprend le dessus. »

Kerim Ayvaz

« En théorie, protéger les paysages c’est très facile, il suffirait que les grandes entreprises fassent des concessions et ne détruisent pas les paysages en les inondant ou en les rasant, mais les enjeux économiques et sociaux sont énormes. Et donc pour réussir à convaincre ces entreprises, il faudrait avoir un pouvoir politique qui nous soutienne et qui fasse pression sur les entreprises. »

Pablo François

« Les installations industrielles occupent bien trop l’espace rural. Les paysages ne se résument plus qu’aux transformations industrielles. Ces paysages font fuir toutes les populations et justifient le départ des agriculteurs. La conservation des champs et de la nature est importante pour maintenir une population active. (…) Pour conclure, j’estime que le fait de transformer ces surfaces en terres artificielles est une très mauvaise idée car je trouve cela irréel. »

Thibault de Cok

« Le PolderMas est un anti-musée créé par Benjamin Vergauwen qui se trouve dans le village de Doel. L’objectif est de donner une nouvelle utilité aux objets qui proviennent des alentours de Doel. Ces objets sont des traces de l’ancien village et de la vie menée par les habitants. Les objets portent aussi un message d’anti-industrialisation car c’est ce qui a fait que ces objets ont été abandonnés lorsque les habitants ont dû s’en aller. La méthode de sensibilisation utilisée par Benjamin est très intéressante car elle permet de toucher plus de monde en leur expliquant l’histoire des objets qui les entourent. »

Mirza Hassan

« Peut-être qu’un jour tout disparaîtra mais nous aurons toujours des traces du passé grâce à ce musée. »

Marcin Kotynski

«Pour protéger ces paysages, il n’y a que deux voies, soit la résistance pacifique, soit la résistance violente.»

Philippe Ibraguimov

Le projet Observer Charleroi / Inventer Anvers est mené depuis deux ans avec les classes d’infographie dans le cadre des cours de géographie, atelier web, communication visuelle et français.
8 excursions sur le terrain ont été effectuées et quatre interventions externes pendant les cours. Le projet est mené sans frais pour les élèves et pour l’école, grâce à un financement d’Enabel. Un premier site internet a été réalisé à partir des données récoltées par les élèves via l’outil MapBox.

https://observer-charleroi.inraci.be/

Avec l’appui de Annoncer la Couleur – programme fédéral d’éducation à la citoyenneté mondiale – https://www.annoncerlacouleur.be

IMAGES

RichLove Kampoli – Hussain Mirza – Rafael Schulman

OBSERVER CHARLEROI

Lia Wei, docteur en histoire de l’art et archéologie, Art et Archéologie du Paysage en Chine
Florent Tillon, réalisateur, Charleroi, la plus belle ville du mondehttps://vimeo.com/117208331
Nicolas Buissaert, guide, Charleroi Adventure – City Safari  : http://charleroiadventure.com/
Micheline Dufert, guide, Chemin des Terrils – GR 412  : https://cheminsdesterrils.be/

INVENTER ANVERS

Isabelle Pateer, photographe, Unsettledhttps://isabellepateer.com/unsettled
Benedikte Zitouni, sociologue FuSL : https://ecobxl.hypotheses.org/
Benjamin Vergauwen, guide, PolderMAShttps://fr-fr.facebook.com/poldermas/